Fable : Les deux chandelles

Fables : Les deux chandelles


 

Les deux chandelles

 

On venait tout juste de l’acheter

Elle trônait dans la salle à manger

Elle nous apportait un peu de clarté

Et sa copine elle voulait négliger.

 

Elle était neuve et très élancée,

Sa compagne était vieille et usée.

Dans quelques jours je t’aurai remplacée

Clame-t-elle à l’autre médusée !

 

Je suis jeune et je me tiens bien droite,

Tu es rongée et toute affaissée ;

Hier encore je dormais dans ma boîte

Et déjà la flamme t’avait blessée,

 

Moi j’ai encore autour de ma mèche

La cire me faisant un mamelon

La tienne coule et on t’émèche

Pour que tu ne souilles point le salon.

 

Le temps sur toi a laissé des traces

Et les brûlures en ton cœur ont creusé,

Un nid profond dans ta carapace

Pour avoir de la vie trop abusé.

 

Mais ses réflexions s’interrompirent

Lorsqu’un courant d’air sur elles passa,

Et si les deux flammes en souffrirent

Il n’y en eût qu’une qui trépassa.

 

Ce fût bien sûr la plus haute exposée

Car elle avait bien moins d’expérience

La vieille dans son habit sclérosé

S’était protégée dans le silence.

 

Si comme notre jeune chandelle

Vous côtoyez une personne âgée,

Ne dites pas je suis la plus belle

En regardant son profil ravagé.

 

Les sillons creusés sur sa peau

Sont les années des éphémérides,

Son cœur est ce qu’il y a de plus beau

Et n’a pas pris une seule ride.

 

Ce qui compte dans la chandelle

Ce n’est ni la mèche ni la cire

Peu importe qu’elle ne soit plus belle

Et que son habit ne nous attire

 

Que ce soit la bougie ou la dame

Elles n’ont point besoin de nous plaire

Ce qui nous importe c’est leur flamme

Car c’est leur lueur qui nous éclaire

 

Em lebûcheron

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